mardi

Histoire des ateliers Théâtre à La Rochelle

Association indépendante jusqu’en juin 2007, Les ateliers du ventre de la baleine, dirigés par Françoise Guillaumond, rejoignent La baleine-cargo. Ces ateliers proposent à des amateurs de vivre l’acte de création théâtrale dans son entier : de la constitution d’une équipe à la naissance d’une idée, puis d’un thème à creuser par le biais de propositions d’écriture et d’improvisations théâtrales… Ces activités ont lieu au Centre Social Saint Eloi, à La Rochelle. A la rentrée 2007, les ateliers du ventre de la baleine se sont ouverts aux adolescents.

dimanche

Notation de mars 2010

" Ecrire pour la rue ? Quelles spécificités ? Aussitôt quelque chose se hérisse en moi. J’aime pas ça les spécificités, ça met les gens en boîte, ça enferme, ça restreint. Je ne veux pas être restreinte. Puisqu’il s’agit avant tout d’écrire. Comment je fais ? pourquoi ? Ecrire pour penser, pour mieux comprendre ce qui m’entoure, comprendre pour être le plus libre, comme disait Giacometti. Ecrire et peu importe quoi, car l’écriture est Une : nouvelles, romans, poésie, chansons, contes, théâtre, théâtre de rue, essai… bien sûr que c’est toujours écrire. Dans la solitude du bureau, porte fermée à double tour, ou dans la rencontre avec des corps, des couleurs, des objets…, sur un plateau ou sur une place de village. C’est encore écrire. Juste la langue qui se complexifie, l’écriture qui va au-delà des mots. Avec des images, du mouvement, de la musique, du prévu et de l’imprévu, de l’ombre et de la lumière… Mais c’est encore écrire. Après ce n’est qu'une question d’ajustement, se mettre au clair avec le destinataire, comme un pacte avec l’autre (si j’écris une nouvelle, mon texte répond aux critères du genre ; si j’écris de la poésie aussi,… etc.). Donc si j’écris pour la rue, ben avant tout j’écris. Mais je ne laisse pas « pour la rue » pour autant. Bien sûr que non. Je garde la rue. La rue c’est chez moi, chez nous. J’aime la rue. La rue : un territoire, des gens, une histoire. Et le « pour » avec tout ce qu’il suppose d’adresse. La rue c’est l’écriture plurielle et c’est bon ça, sortir de sa solitude, de ce tête à tête entre moi et moi… Ouvrir grand la porte. Ecrire à plusieurs voix et que chaque voix raconte, et que les voix se tissent les unes aux autres, et que le sens naisse entre ces paroles, ces gestes, ces silences. Avec en plus les voix imprévisibles, celle du public qui vient rejoindre la grande partition et celle de la rue ; car c’est bavard une rue, faut pas croire. Et chacun peut prendre place, hors les murs.
Ecrire pour la rue, c’est ça, écrire pour la surprise de la rencontre, avec des gens, un lieu et des histoires qui traversent la nôtre ; et mordre ensemble sur la réalité."

Françoise Guillaumond

samedi

Notations de janvier 2009

« Autour de chaque canapé, des foyers imaginaires ; quelles traces l’objet peut-il en avoir gardées ? La vie pousse, flot ininterrompu, combat sans espérance. Et pourtant, c’est de cela qu’il s’agit. De déchets. Et c’est cela que l’on voudrait : ramener à la surface la vie qui grouille, les enfants qui se battent, les vêtements qui tombent, les journaux qui se lisent et se froissent et se jettent – avril 45, avril 55, avril 65, avril 75 déjà ?, avril 85, avril 95, avril 2005 et plus – les images qui déferlent, les plateaux repas avec le vin que l’on renverse, le livre lu au tout petit, les rires qui jaillissent, les ongles qui poussent et que l'on est bien obligé de couper, les histoires de déménagement, de séparation, les drames, la dernière fois qu’il s’est assis là, la tenir en suspens. Et que chacun porte en lui un fragment d’histoire qui nous constitue tous. »
Extrait de « Confidences sur canapés », Françoise Guillaumond

vendredi

Notations de décembre 2008

Ma réalité

Je fais certainement de la peinture et de la sculpture et cela depuis toujours, depuis le première fois que j'ai dessiné ou peint, pour mordre sur la réalité, pour me défendre, pour me nourrir, pour grossir ; grossir pour mieux me défendre, pour mieux attaquer, pour accrocher, pour avancer le plus possible sur tous les plans, dans toutes les directions, pour me défendre contre la faim, contre le froid, contre la mort, pour être le plus libre possible : le plus libre possible pour tâcher - avec les moyens qui me sont aujourd'hui les plus propres - de mieux voir, de mieux comprendre ce qui m'entoure, de mieux comprendre pour être le plus libre, le plus gros possible, pour dépenser, pour me dépenser le plus possible dans ce que je fais, pour courir mon aventure, pour découvrir de nouveaux mondes, pour faire ma guerre, pour le plaisir ? pour la joie ? de la guerre, pour le plaisir de gagner et de perdre.
Extraits de "Ecrits", de Alberto Giacometti, Ed. Hermann, 1997